Relations Pologne-USA ou la difficulté d’un discours européen commun


Relations Pologne-USA ou la difficulté d’un discours européen commun

Le président Duda et le résident de la Maison-Blanche, 18 septembre 2018

« Master and servant » de Depeche Mode en version diplomatique

Master : l’éternel complexe de supériorité amerloque

Servant : l’éternel complexé polaque

Les relations diplomatiques Pologne-USA, c’est un peu celles d’un laquais honoré de servir son maître ou d’un contrevenant charmé de payer ipso facto son amende au gendarme du monde. Par ailleurs, elles illustrent parfaitement la difficulté d’établir une stratégie commune U27,5 vis-à-vis de la concurrence intercontinentale.

 

Avant-propos un peu hors propos

J’use de l’artifice U27,5 car après le 23 juin 2016 et son fameux 51,9%, la Grande-Bretagne s’est munie d’un billet vers l’Inconnu dont nul ne connaît la qualité du terminal : outre la controverse liée aux conséquences économiques, j’ai quelque inquiétude au sujet de la frontière irlandaise et des velléités indépendantistes d’une Écosse full Europe.

Dans une décennie, la Grande-Bretagne se félicitera peut-être d’être sortie des griffes de Bruxelles et dans ce cas ce sera tout à son honneur puisqu’elle l’aura fait sans mode d’emploi détaillé Brexit. Entre-temps, le parlement anglais offre un spectacle à l’opposé de celui qui avait tant séduit Voltaire en 1727. De là-haut, il nous dit sans doute : « S’ils veulent sortir, ils sortiront ». En 2019, il reste en avance sur son temps.

Une nation souveraine « exitée » ne signifie nullement que son gouvernement y prendra automatiquement de meilleures décisions par exemple en matière de désislamisation puisque les muzz, on ne sait plus trop qu’enfer. De même, une nation acceptant la supranationalité trônant à Bruxelles (supra-souveraineté ?) peut pratiquer une politique étrangère contraire aux intérêts de son peuple. Et c’est bien le cas de la Pologne dont le gouvernement PiS (Droit et Justice) prône avant tout les intérêts du parti, une méthodologie connue sous l’ère communiste.

En matière d’ingénierie politique, je n’ai qu’une seule certitude mais elle vaut tout l’or du monde : Occident et islam devraient régner sur deux galaxies différentes. L’actuelle vache à lait France foyer de la Voie lactée et franchement GALAXISLAM ça ferait pas mal dans les manuels d’astronomie même si le niveau spirituel de l’islam n’atteint même pas celui de l’astrologie au plus bas de sa forme.

 

Métaphore du rapport de forces : viande américaine contre élégance polonaise

Pologne-USA : retour au sujet proprement dit

En 2000, Brzezinski (1928-2017, politologue, conseiller de Jimmy Carter) s’est confié à un journaliste polonais : un allié n’est pas un satellite. Des propos particulièrement clairvoyants hélas contredits depuis la mainmise du PiS (Droit et Justice) sur la gouvernance polonaise.

Le clientélisme, c’est grosse modo un modèle de dépendance politique et/ou de modèle social où un État ou son leader crée des rapports de sujétion latents avec ses vassaux consentants. La tête de la pyramide fournit avantages diplomatiques et bienveillance protectrice à ses subalternes informels qui en échange marchent au pas. Les USA sont les champions du monde de la catégorie, voir pays latino-américains.

Clientélisme PL-USA en pratique

  • Sans aucune connaissance du terrain ni expérience au Moyen-Orient, la Pologne offre un contingent allié aux USA, Irak 2003. Bénéfice zéro mais compromission à l’international.
  • En 2018, le président polonais Duda propose de verser 2 milliards de dollars aux USA pour implanter une base militaire américaine en Pologne et suggère de la nommer Fort Trump, appellation aux relents colonialistes assez évidents. Le but ? Faire barrage à toute menace militaire russe. Moscou, l’ennemi de toujours. Le Pentagone estime le projet prématuré mais il n’est pas écarté. Inutile de rappeler les effets désastreux qu’une telle initiative pourrait avoir sur Moscou ! La Macronie est folle mais pas au point de recréer un western Fort Trump à 1.500 km du Kremlin ! On ne taquine pas inutilement un ours russe, c’est élémentaire.
  • Lorsqu’on a l’esprit européen, il est forcément aérien et pour ses forces aériennes on consulte prioritairement Dassault. Mais non, Varsovie a opté « spontanément » pour le Lockheed Martin F-35, on parle de 32 unités livrables dès 2020-2021, 80 millions de dollars l’unité. Excellent deal pour Trump – il s’en félicite lui-même – après le renoncement à une livraison de F-35 au profit d’Ankara. Le hic, c’est que les Américains ne partagent pas leur technologie comme la France, ce qui impliquera une Pologne ultra dépendante au niveau de la maintenance des appareils. À titre de comparaison, même la petite Suède participera à l’élaboration de la 6ème génération du chasseur européen. La Pologne ne comprend pas les fondements de la solidarité européenne en matière de sécurité, c’est pourtant ailé-mentaire.

 

Donald Trump et Jaroslaw Kaczynski : des similitudes exploitées conjointement

 

Au pouvoir de 2005 à 2007 et depuis 2015, le PiS joue la carte nationaliste conservatrice chrétienne dans des proportions parfois délirantes. L’excès nuit en tout, surtout quand on a la chance de ne pas devoir affronter l’islam au quotidien !!!

Si Andrzej Duda est président, le chef d’orchestre du système est Jaroslaw Kaczynski, président du parti PiS et simple député parlementaire. Ni président de la république, ni Premier mais de facto l’homme fort du pays. UN CAS DE FIGURE IMPENSABLE EN FRANCE même s’il serait hypothétiquement souhaitable si une Marine Le Pen se substituait au rôle de Kaczynski, celle-ci étant nettement plus laïque que ce Jaroslaw tout droit échappé du 19ème siècle. Cet homme est un passéiste qui ne comprend pas les réalités du 21ème siècle, c’est pathétique.

En deux mots, le PiS joue la carte du nationalisme exacerbé et eurosceptique tous azimuts : christianisation de l’espace public et des manuels scolaires, valorisation historienne des vertus polono-polonaises avec censure des périodes noires comme la coopération civile antisémite lors de la Seconde Guerre mondiale, focalisation sur « l’ennemi » allemand et surtout russe, gigantesques transferts sociaux au détriment de l’infrastructure scolaire (la facture sera payée par les générations futures), baisse de l’âge de la retraite. Toutes mesures électoralistes et rien de plus.

Le drame communicationnel du PiS est le suivant : comment concilier euroscepticisme intrinsèque du parti et réel enthousiasme du peuple polonais pour l’UE (85-90%) ? C’est bien l’opinion du peuple qui compte, non ??? Toute proposition suggérant un Polexit signifierait à coup sûr la perte des élections. Pologne, pays de tous les paradoxes !

Donald Trump surfe avec ruse sur ce type de gouvernance PiS à savoir le retour aux valeurs traditionnelles. Et en retour, le PiS claironne haut et fort : « Nous sommes protégés par les Américains, il ne peut rien nous arriver ! La première puissance mondiale est derrière nous ! Fort Trump for Trump !», une manière comme une autre de flatter un électorat parfois fort naïf et qui a bien souvent quelque cousin aux Amériques. American dream ?

Il y a toutefois une différence essentielle entre Trump et Kaczynski : autant l’Américain « rattrapé par le pouvoir » respecte la Constitution, autant le Polonais la viole par mainmise sur le pouvoir judiciaire, voir les avis de la Commission européenne qui n’émet pas systématiquement « connerie sur connerie » comme lu récemment. Pour ce qui est des chaînes TV publiques polonaises, ce sont de véritables supports de propagande PiS même pas voilée sauf si vous n’avez que 10 ans. En comparaison, TF1 et france•tv font figure de chaînes ultra-pluralistes d’une stricte neutralité. On en est là.

Trump devait rencontrer le président Duda ce 1er septembre 2019 à Varsovie mais a reporté son déplacement, jugeant sa présence aux States indispensable étant donné la furie Dorian. Il a toutefois été remplacé par le vice-président Mike Pence qui a assisté à la commémoration du 1er Septembre 1939. On y aurait évoqué l’épineuse question des visas, toujours indispensables pour les Polonais se rendant aux States. Trump a promis de visiter la Pologne de ces prochains mois, Fort Trump oblige.

Conclusion

Pologne : pro Europe ou pro USA ? Actuellement, la Pologne PiS joue une mi-temps dans chaque camp : Bruxelles pour l’obtention des fonds de l’UE (à proprement parler gigantesques) et USA pour des raisons clientélistes. « La Pologne est un idiot utile mais c’est le nôtre », bruit de couloir américain.

Ce clientélisme unique en Europe illustre de belle manière toute la difficulté de parler de manière univoque face à Washington et pas uniquement. À quoi donc servent l’Otan et l’UE si de telles initiatives sont prises en solo ? Grande bénéficiaire des fonds de reconstruction UE, la Pologne PiS se la joue visiblement électron libre. Félonie, perfidie !

Je pense sincèrement que le PiS devrait céder les rênes du pouvoir à son concurrent libéral-conservateur PO (Plateforme Citoyenne). Là-bas, il n’y a pas d’islam et ses produits dérivés l’immigration, l’insécurité et l’oligophrénie, donc le champ d’action de la droite centriste est conséquemment bien plus large. Ça rappelle un peu les pratiques politiques des Trente Glorieuses : on se gueulait parfois dessus mais pour une cause commune : la France.

Aux antipodes de Varsovie, le paysage politique français s’est fracturé autour de la question de l’islam et cela met en évidence un aspect de sa nuisance à l’exportation. Il est à espérer une nouvelle Union sacrée gauche-droite comme en 1914 et 1939, aux grands maux les grands remèdes. On dit beaucoup de bien du char Leclerc et ses apparitions sont bien trop rares au JT 20h.

Il est grand temps de s’interroger sur ce type de collusion au profit des USA et d’évaluer les possibilités d’un réchauffement climatique politique envers le Kremlin. Je suis convaincu que l’avenir de l’Europe passera par une synergie de moyens entre Paris, Berlin et Moscou.

Richard Mil

Ça vole bas en Pologne…

Mariusz Blaszczak • Ministre polonais de la Défense nationale

Nomination politique oblige, membre du PiS, registre « services entre collègues »

Monsieur le Ministre,

Il vous est loisible de commander le modèle réduit F-35 pour vos enfants.

Pour ce qui est de la version 1:1, rendez-vous à Saint-Cloud et au Bourget.

Vous y serez accueilli comme seuls les Français savent le faire.

Dassault Rafale • Fini la rigolade et VIVE LA FRANCE !

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Richard Mil

Belge passionné de sciences humaines, amoureux de la culture française, gaulliste, athée, partage totalement les convictions de l’initiative citoyenne Résistance Républicaine


One thought on “Relations Pologne-USA ou la difficulté d’un discours européen commun

  1. Avatarberger

    Notez que la Belgique aussi se fait le F35 malgré tout ce qui a été expliqué de négatif. Quant à la Pologne, elle n’est pas à son coup d’essai, il y a quelques années elle avait reçu un pactole de l’UE et s’était empressée d’acheter des avions made in USA. Actuellement elle semble revenir de nouveau avec des réparations suite à la guerre mondiale, jeu dangereux car l’Allemagne a signé des traités frontaliers entre les deux pays et la « ligne » Oder -Neisse a été une supercherie grossière, pour Churchill il s’agissait de la Neisse orientale et non de l’occidentale, ce fait laissait 3-4 millions d’Allemands sur les routes de l’exode avec, on le sait maintenant un million de morts. Remuer le passé n’est pas toujours bon….

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