Nos paysages, notre histoire, nos racines : le roman de terroir nous fait du bien


Nos paysages, notre histoire, nos racines : le roman de terroir nous fait du bien

 

« Après la guerre, dit Claude Michelet, les Français ont renié leur origine paysanne. Cela faisait cul-terreux. Aujourd’hui, ils veulent savoir d’où ils viennent. »

N’en déplaise à certains « intellos boboïsants », le roman de terroir (ou « roman régionaliste », ou « roman de mémoire ») est bien un genre à part entière de la littérature française.

Ces récits nous font sortir de l’actualité et nous retournons, le temps d’un livre, dans le pays où nous avons été enfant, où nos ancêtres sont morts et où ils étaient nés. Le récit nous interpelle et nous retire du monde le temps d’une lecture.

Le roman de terroir est un genre apprécié, bien identifié dans le paysage littéraire français : ces récits situés dans une région précise de France ressuscitent le passé, accordant une place importante à la terre, aux traditions, à la vie villageoise, etc.

« Les romans provinciaux racontent une France d’autrefois qui vivait au rythme des saisons aux antipodes de la période moderne et chaotique dans laquelle nous sommes. Les intrigues sont ainsi souvent construites autour de sagas familiales, ce sont des métiers oubliés qui vont servir de fil conducteur « . Pierre Scipion, éditeur chez Albin Michel.

L’ancêtre du roman de terroir est le « roman rustique ». Il est communément reconnu que le roman rustique a été initié en France par Balzac et Georges Sand. Dans la préface de son livre Les Paysans  (1844), Balzac demande « que l’on fasse place aux figures d’un peuple oublié »  Gaston Chéreau (1872-1937) le définit comme « un roman qui se déroule dans une région particulière. Le lecteur découvre les traditions de l’endroit, ou d’un métier, par les aventures d’une famille, d’un personnage, l’auteur a le plus souvent choisi de planter son action à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe et souvent dans un milieu paysan, mais pas exclusivement ».

Dans les années 60, Jean-Pierre Chabrol et Bernard Clavel avaient ouvert la voie en pays cévenol et sur les bords du Rhône. Ce sont aujourd’hui des classiques.

La littérature régionale a vraiment resurgi au milieu des années 70 avec une bande d’écrivains rassemblés autour de Jacques Peuchmaurd, directeur littéraire chez Robert Laffont.

Michel Peyramaure, Claude Michelet, Gilbert Bordes, Jean-Guy Soumy, Denis Tillinac se baptisent « école de Brive » pendant la foire du livre. En 1979, Claude Michelet publie les débuts de sa saga Des grives aux loups, vendue rapidement à plus d’un million d’exemplaires. Henri Vincenot et Pierre-Jakez Hélias triomphent au même moment de la Bourgogne à la Bretagne.

Pour Jacques Peuchemaurd, la pénétration extrêmement profonde de ce type d’ouvrages tient au fait que «ce sont des livres de famille. Tous commencent à la fin du siècle dernier, traversent les guerres et s’achèvent dans les années 60-70. Ils sont le reflet de la société rurale depuis un siècle. Ecrits simplement, lus aisément, ces ouvrages s’inscrivent dans la lignée des romans populaires du XIXe. On touche là le fond de la sensibilité française, un noyau traditionaliste qui existe toujours, le socle de notre société actuelle».

Christian Signol – Tout l’amour de nos pères

« Depuis le début du XIXe siècle, les Marsac se partagent entre l’exercice de la médecine et l’exploitation de leurs terres du Grand Castel au bord de la Dordogne. Pierre, le fondateur de la dynastie, enfant trouvé entré dans les armées de la République, puis de l’Empire, a transmis ses passions à ses héritiers. Chacun prendra la plume pour raconter son histoire… »

Dans la littérature française, entrent dans cette catégorie les romans de Jean GionoJean-Michel Thibaux, Jean Sicardi (Provence), Georges-Emmanuel ClancierGilbert BordesJean Alambre (Limousin), Édouard BraseyPierre-Jakez HéliasHervé Jaouen (Bretagne), Henri Vincenot (Bourgogne), Michel Dodane (Franche Comté), les œuvres de Jean AngladeGérard Georges (Auvergne), Antonin MalrouxSylvie Baron (Cantal), Annie Degroote (Flandres), Marie-Paul Armand (Nord), Jean-Paul MalavalDaniel Crozes(Aveyron), Jean de la Varende (Normandie), Christian Signol (Lot), Élise Fischer (Lorraine), Françoise Bourdon (Ardennes), Claude MicheletMichel PeyramaureDenis Tillinac(Corrèze), Guillemette de la Borie (Dordogne), Hélène Legrais (Roussillon), Michel Ragon (Vendée), Armand Got (Périgord et Guyenne), Jean-Pierre Chabrol (Languedoc), Georges-Patrick Gleize (Midi Toulousain et Pyrénées), Olivier Deck (Pyrénées Atlantiques), Christian Laborie (Gard), Michel Jeury (Périgord et Cévennes). Loin d’être une littérature de style « meules de foin et vieux métiers », ces romans explorent bien souvent l’histoire par le romanesque et constituent pour certains de véritables reportages ethnographiques comme les récits particulièrement précis de Georges-Patrick Gleize ou Michel Peyramaure.

Wikipedia

Exemples de romans de la littérature de terroir française

  • Les Délices d’Alexandrine, Jean Anglade, Presses de la Cité, 2009
  • Un cœur étranger, Jean Anglade, Presses de la Cité, 2008
  • Les Filles de Roz-KelennHervé Jaouen, Presses de la Cité, 2007
  • Ceux de Ker-Askol, Hervé Jaouen, Presses de la Cité, 2009
  • Les Sœurs Gwenan, Hervé Jaouen, Presses de la Cité, 2010
  • Ceux de Menglazeg, Hervé Jaouen, Presses de la Cité, 2011
  • Les Jardins du vent, Annie Degroote, Presses de la Cité, 2010
  • Le Notaire de Pradeloup, Jean-Paul Malaval, Presses de la Cité, 2009
  • Les Enfants de la Vouivre, Michel Dodane, Albin-Michel 2004
  • Retour à Champfontaine, Michel Dodane, Albin Michel 2013
  • La GantièreDaniel Crozes, Éditions du Rouergue, 1997
  • L’Or des Borderies, Jean-Paul Malaval, Calmann-Lévy, 2010
  • Les Noces de Marie-VictoireÉlise Fischer, Calmann-Lévy, 2010
  • Des grives aux loups, Claude Michelet, Robert Laffont, 1979
  • Rue des Hortensias Rouges Georges-Patrick Gleize, Albin Michel, 2011
  • L’Auberge des Myrtilles , Georges-Patrick Gleize, Albin Michel, 2010
  • Le Temps en héritage , Georges-Patrick Gleize, Albin Michel, 2002
  • Les Enfants d’Élisabeth, Hélène Legrais, Presses de la Cité, 2007
  • Les Héros perdus de Gabrielle , Hélène Legrais, Presses de la Cité, 2011
  • Les Chemins de la communale , Antonin Malroux, Albin Michel, 2007
  • La Noisetière, Antonin Malroux, Albin Michel, 2000
  • Les Amants de Chanvre, Gérard Georges, Presses de la cité, 2007
  • Le Maître des bastidesJean-Michel Thibaux, Calmann-Levy, 2012
  • Les Lavandières de BrocéliandeÉdouard Brasey, Calmann-Levy, 2012
  • L’Amour dans l’ombre, Alfred Lenglet, Lucien Souny, 2012
  • Le Serment des oliviersGeorges-Patrick Gleize, Calmann-Lévy 2015
  • Les Ruchers de la colèreSylvie Baron, Calmann-Lévy 2015
  • L’Auberge du pont de TréboulSylvie Baron, Calmann-Levy 2016
  • Le Vent de la jeunesseGeorges-Patrick Gleize, Calmann-Lévy 2016

Fiche de bibliothèque : https://www.lecture-passion.net/terroir.htm

Editeur : https://www.lisez.com/presses-de-la-cite/collection-terres-de-france/58960

 

Note de Christine Tasin

Merci à Jules pour cette idée. Oui, ce sont des romans de terroir qu’il faut emporter en vacances, qu’il faut faire lire à vos enfants, à vos amis… Histoire de leur faire à nouveau toucher ce qui les rend heureux, ce qui est essentiel…

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Jules Ferry

n’est pas prêt à renoncer à son mode de vie occidental. En un mot ou avec un dessin, Jules Ferry dit NON à ceux qui veulent reléguer les femmes au foyer, couvrir leur tête, rallonger leurs jupes, jeter les homosexuels du haut des tours, interdire l’alcool, limiter la liberté d’expression, bannir les caricatures religieuses, censurer les livres, codifier la tolérance…

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25 thoughts on “Nos paysages, notre histoire, nos racines : le roman de terroir nous fait du bien

  1. AvatarJolly Rodgers

    excellent article , les Jean Giono et Henry Vincenot c’est un régal a lire et ça nous replonge dans nos racines . il y’a quelques années j’avais écouté un entretient de 3h00 (l’émission été sur deux jours) sur France culture ,c’été agréable et rassurant d’entendre cette vois (celle de Vincenot) celle d’un homme de sont terroir (tout le contraire du pédant parisien ) qu’il n’aimait pas d’ailleurs .
    lorsque je vois des bobos (néo-ruraux) petits bourgeois tout droit sorties des grandes écoles , venir s’installer a la campagne , je considère ça comme du viol , oui le viol de notre terre par des cedric heroux et autres trous du culs du même genres pleins de morgues et de mépris pour l’endroit ou il s’installent , ceux sont eux qui vous chasseront de chez vous pour y’ installer les migrants . la plupart de ces néo-ruraux se font  »paysans » par fantasmes , mais ils savent très bien que si ça ne marche pas ils pourront retournaient a leur vies de bon bourgeois (après avoir bien pourris nos contrés ) .j’ai des cousins paysans dans les Hautes Alpes et ils apprécient pas du tout les néo-ruraux qui ne sont pour la plupart que des bobos . les basse Alpes(le 04) ont étaient beaucoup plus touchaient par la boboïsation avec les ordures de longo maï (pro -migrants ) c’est ordures de gauchos en plus d’être pro -migrant ils font des maison d’ hôtes et louent très cher la prestations , en plus ils ceux font appelaient longo maï mais il n’y a pas un Occitan chez eux .le mec qui a créée ça c’était un millionnaires suisse d’extrême gauche , qui aimaient bien les petites filles et les petits garçons .

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  2. AvatarFomalo

    Excellent article, et pas seulement pour les « lectures de vacances ». J’ai dans ma bibliothèque un stock de livres conjoncturels ou politiques et sans grand intérêt,que je vais liquider sous peu au profit de récits ou épopées régionales (Bretagne Vendée,Dordogne, Provence, Bourgogne,Dauphiné..) ce qui me permettra d’acheter quelques uns des titres rappelés.
    Un seul regret… que vous n’ayez pas cité Serge Duigou pour le Finistère et Thyde Monnier pour le Var. Merci encore @Jules Ferry!

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  3. AvatarMachinchose

    punaise! quelle théorie de conteurs et ecrivains aimables!! qui ont enchanté mes soirées avant de m’ endormir

    loin de ces enculeurs(ses) de mouches ennuyeuses……………. du genre d’ un Prout et ses jeunes fillles en pleurs, parce Dudule a sodomisé Bidule sans vaseline, et ça dure des pages …..des pages de papier, j’ entends.. 😆

    dans cette belle liste j’ ai craint que vous n oubliates mon préféré, le pape des escargots: HENRI VINCENOT !!

    et l’ inoubliable Billebaude !! merci 😆

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    1. Avatarbm77

      J’ai lu aussi la Billebaude , à l’occasion j’avais été surpris d’apprendre par son auteur qu’il avait fait l’école D’HEC ce qui ne l’a pas rendu prétentieux pour cela et condescendant pour les gens du terroir.
      Plus qu’un livre sur le terroir c’est aussi plusieurs mondes dans le sens horizontal comme vertical. Parce que dans son livre on ressent très fort son attachement à une culture qui puise jusque dans nos racines gauloises et on est surpris de constater que celles ci étaient encore vivaces dans certaines parties de notre territoire au 20 ème siècle jusqu’à considérer que les nobles de l’ancien régime et donc ses représentant contemporains étaient des burgondes venus de l’Est qui avaient envahis la gaule Romaine pour s’y installer définitivement .
      C’est aussi la confrontation avec la société urbaine des villes , la modernité qui arrive avec l’automobile et aussi sa fascination pour le rail .
      C’est aussi la religion catholique très présente et les rites païens qui se mêlent l’arrivée de l’école de la République enseignement dispensé jusque là dans les campagnes par les curés .La conclusion c’est qu’après toutes ses expériences, il a ce besoin irrépressible de se ressourcer dans ce terroir comme on reviendrait vers la vérité d’une mère.
      Le titre lui même « la billebaude  » dans le patois veut dire le hasard , billebauder chasser au hasard des voies, que laisse le gibier sur son passage .
      A la finale ce Vincenot c’est un grand humaniste de ceux qui ne donnent pas de leçons mais qui en prennent et nous font profiter de leurs expériences par leur merveilleuse façon de conter

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  4. Avatarfrejusien

    Superbe , ce choix de lectures pour l’été, d’autant que je n’en connais pas beaucoup,
    J’apprécie pierre jakez Hélias,
    Ces lectures créent une bulle temporelle où il fait bon se réfugier par les temps qui courent

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  5. AvatarMachinchose

    et je veux içi saluerl’ historien de la campagne française, son laudateur, son hagiographe, son thuriféraire:

    GASTON ROUPNEL

    xxxx

    Histoire de la campagne Française
    Couverture
    Gaston ROUPNEL
    Tallandier – 448 pages
    0 Avis
    Dans cette Histoire de la campagne française, publiée pour la première fois en 1932 et devenue aujourd’hui un classique, l’écrivain « paysan » et historien Gaston Roupnel analyse avec lyrisme et sensibilité les structures agraires de la France. Les générations paysannes qui se sont activées depuis le Néolithique n’ont pas répondu seulement aux nécessités matérielles. Par le travail des champs et le soin aux animaux, elles ont communié avec la Nature, dans une expérience religieuse. Avec un humanisme mystique qui transcende les réalités agraires, Gaston Roupnel explique les liens culturels forgés entre l’homme et la terre et met en lumière les racines d’un attachement pluriséculaire……………..

    lequel m’a fait decouvrir la monumentale histoire du Folklore Français en 4 volumes d’ Arnold van gennep

    https://www.babelio.com/livres/Van-Gennep-Le-folklore-francais-coffret-de-4-volumes/387443

    je crois que je vais offrir ces 4 joyaux de ma bibliothèque à la Mosquée la plus proche de chez moi, histoire de « convertir » les Miloud à la beauté et l’ amour de » notre vieux pays gallo-romain… ».comme disait il y a 78 ans Xavier Vallat …pas grand chose 😆

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  6. AvatarPhiliberte

    Pour être bénévole dans une bibliothèque municipale, et écrivain moi-même d’un roman de terroir historique, je confirme que les lecteurs préfèrent ce genre à tout autre.

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  7. AvatarMarc Cottarel Dehos

    Sauf erreur de ma part, vous avez oublié Dubos pour les Landes et les Français en Amérique et au Canada.
    Oubli d’autant plus étonnant qu’il a longtemps écrit dans ces colonnes.

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  8. Avatarpauledesbaux

    merci de nous remettre en mémoire nos lectures et je vais de ce « pas » diffuser largement afin que nos héritiers sachent qu’il y « avait » une autre culture que les navets qu’on nous sert à la télé et ailleurs…..quand je constate la teneur des « nouveaux films » je suis prête à gerber mieux vaut un bon livre et en particulier ceux qui nous apprennet d’où l’on vient si nous voulons savoir où l’on va…

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  9. AvatarMachinchose

    chèrePaule, je te conseille la lecture dans la collection passionnante « la vie au temps de….. » le bouquin

    « la vie en afrique du nord au temps de Saint Augustin » dont bien des descriptions nous sont familières a toi et moi
    amitiés

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  10. AvatarPhiliberte

    Vincenot est le meilleur de nos auteurs de terroir. Le seul reproche qu’on peut lui faire est d’avoir été un tantinet misogyne. Pour lui, c’était l’homme au boulot, la femme aux fourneaux.

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  11. Avatarenzo

    Bonjour,
    l’article fait du bien.
    J’ai étudié « les vignes de sainte Colombe », de Christian Signol, trois ou quatre années successives avec des 1e Scientifique… Oeuvre magistrale et combien roborative sur la construction du pays et de la patrie.
    A l’école primaire une de mes récompenses, fut le Mas Théotime. D’Henri Bosco.
    Tout ça pour dire que… Quel bien il fait cet article!
    Bise provençale.

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  12. AvatarMachinchose

    quelle sagesse !!

    parce que les femmes au bureau……………….en guise de boulot…………..

    laissant la place a Farida avec son ainé a la main, le second dans la poussette, te troisième dans le tiroir et les autres en previsions………….FAUDRA PAS VENIR PLEURER

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  13. AvatarOlivier

    Merci vraiment pour cette liste, j’ai pris note.

    A lire aussi  »le maitre des abeilles », puis  »le pape des escargots » dans lequel Vincenot évoque et célèbre les origines celtes des bourguignons.

    Vincenot décrit le rôle des femmes dans la maison de Cormarin où il a passé une partie de son enfance et adolescence, grand-mères, arrière-grand-mères, tantes. Il rend hommage à leur rôle irremplaçable pour tenir une maison, pour éduquer et leur génie pour se rendre utiles chacune jusqu’à plus de 90 ans et jusqu’à leurs derniers jours..Parler d’enfermement dans une maison de retraite ne serait pas venu à l’idée de ces gens d’autrefois.
    Alors misogyne ?

    Je pense que Marcel Pagnol a été un peu un auteur de terroir avec Manon des sources (voir la version cinématographique de 1952).

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