L’Enfer des traîtres à la patrie…


L’Enfer des traîtres à la patrie…

Le cercle des traîtres

Après avoir traversé les bolges des hypocrites, des faussaires et des faux prophètes, Dante et Virgile arrivèrent fourbus au sommet d’une colline. La cime délimitait le neuvième cercle des enfers, celui des traîtres. Dante pensait avoir vu les pires atrocités au cours de son périple, mais celles-là dépassaient son entendement.

Sous les vapeurs sombres et putrides émergeait un lac immense où flottaient immondices et semences. Les traîtres à la patrie étaient là, tous réunis, têtes renversées en arrière. Leurs pleurs gelaient leurs yeux. D’une main ils s’arrachaient la tête. Elle ne tenait plus que d’une fine membrane. Des démons avaient pris la place de leur âme traîtresse. On retrouvait dans cet horrible marais ceux qui festoyaient jadis dans les banquets.

Sur la berge, s’arrachant leurs tripes, des intellectuels ramassaient leur langue gonflée et purulente, mais elle ne tenait plus dans leur gueule.

Dans les eaux, des artistes admiraient leur reflet puis sursautaient, effrayés par leur visage décharné. Acteurs de la comédie pathétique, ils prêchaient jadis la bonne parole sur les plateaux.

A leurs côtés, gigotaient les traîtres à leur hôte. Avant même de semer la terre qui les accueillait, ces demandeurs criaient : « ô raciste ! »

Leurs cris étaient toujours relayés, comme un écho, par les journalistes, cerbères de la bien-pensance. Désormais damnés, ils n’avaient plus que la souffrance de leur chair à exprimer. Ils avaient emporté dans leur trépas les pavés qui les menèrent ici-bas.

Sur ces chemins arrivèrent en rampant les grands protecteurs de l’ordre. Des juges, cléments pour les criminels et les barbares, drastiques avec les ennemis de leur pensée.

Tous ces serviteurs de l’ancien ordre déchu s’écartèrent bruyamment. Soudain avait surgi des eaux maculées de vices et d’excréments, les puissants. Ils avaient eu le pouvoir, les traîtres à la rose ou au marteau. Avec eux, d’autres squelettes marchaient sur l’eau. Ils entouraient un géant. C’était lui, le roi des traîtres. Ses mots assassins pour son propre pays résonnent encore contre les parois noires de la falaise. Sa peau était recouverte de lèpre. Virgile le montra du doigt et Dante se mit à chanter :

 

« Le monstre battait l’air avec ces ailes fauves,

Sans plumes, comme on voit celles des souris-chauves.

Trois vents s’en échappaient et souffraient furieux,

 

Et tout autour de lui se jetait le Cocyte.

Bavant, suant le sang, cette larve maudite

Versait sur trois mentons les pleurs de ses six yeux. »

 

Dante, La Divine Comédie, Les enfers, chant XXXIV, traduction en vers de Louis Ratisbonne.

 

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One thought on “L’Enfer des traîtres à la patrie…

  1. frejusien

    C’est Géant ! l’adaptation est un régal , Bravo !

    Qu’ils s’en prennent plein la tronche, les traitres, les baveux,
    j’espère qu’ils n’auront pas de mal à se reconnaitre

    un grand merci pour cette prose !

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