Médéric Chapitaux se présente comme un doctorant à l’université de Toulouse, chercheur en sociologie sur la thématique de la radicalisation. Son CV est bien plus long en réalité. L’homme, ancien gendarme, gravite dans les hautes sphères du sport. Il a également écrit un bouquin intitulé : « Le sport, une faille dans la sécurité de l’État ».

Demain soir, il sera à Yutz pour animer une conférence sur les risques de la radicalisation dans le sport organisée par les communautés d’agglo Portes de France-Thionville et Val de Fensch. « Le but, c’est que tout le monde reparte avec des interrogations », explique l’expert. Il nous donne toutefois quelques réponses.

Sur quel constat basez-vous votre réflexion ?

Médéric CHAPITAUX  : « Tous les auteurs d’attentats perpétrés sur le territoire national entre 2012 et 2016 étaient pratiquants dans des clubs de sports de combat, de football ou de musculation. Et là, on n’était pas dans la radicalisation mais carrément dans le terrorisme.

Depuis 2003, plusieurs institutions (chercheurs, Conseil européen…) observent et consignent dans des rapports la montée de la radicalisation religieuse dans le sport. Pourquoi n’a-t-on toujours rien fait ? Ça reste un sujet tabou. Même si, en février 2018, le gouvernement a inscrit le sport comme axe prioritaire dans le plan national de prévention et de lutte contre la radicalisation. »

 

Par quels signaux, quels exemples concrets percevez-vous un phénomène de radicalisation dans le milieu du sport ?

« La menace repose notamment sur les éducateurs sportifs recruteurs, connus des renseignements mais présents en clubs. Dans les enquêtes de terrain, on constate aussi l’avènement de clubs complètement communautarisés. Par exemple, il y a ce club qui n’accepte pas les licenciés non musulmans ou cet autre, régi par l’ultradroite, qui n’accepte que les blonds aux yeux bleus. Certains clubs autorisent aussi la prière collective, la musique coranique pendant l’entraînement. Le problème, ce n’est pas d’avoir des codes religieux et culturels différents, le problème c’est d’imposer un changement de comportement aux autres. »

Comment expliquer le fait que le sport soit un domaine de prédilections pour les prédicateurs ?

« Le sport est le lieu de toutes les permissivités. C’est un domaine où l’on peut faire plein de choses, qui bénéficie d’une bienveillance institutionnelle. On a du mal à le contrôler, à le fliquer, ce n’est pas l’usage. On a d’ailleurs connu ce problème avec le dopage. Et puis le sport, c’est aussi un marché colossal. Qui dit business, dit protection du business. »

Comment prévenir les risques de radicalisation quand on est éducateur, président de club ?

« On ne peut pas prévenir quelque chose qu’on ne connaît pas et qu’on n’accepte pas. La plupart des gens ne veulent pas aborder le sujet de peur qu’on stigmatise. Comment faire pour remettre des règles alors qu’on a laissé faire pendant des années ? Le but est de mettre des mots sur des choses qu’ils ne savent pas appréhender. Il faut réussir à parler, à initier le débat. Je vais oser une comparaison extrême : si un jour un pédophile sévit dans un club, on le dénoncera. Si une personne se radicalise, on n’osera pas forcément le dire. Or le risque sur les jeunes est réel dans les deux cas. »

En gros, il faut libérer la parole…

« Pour prendre des décisions, il faut que tous les arguments puissent s’exprimer. L’ omertà permet aux extrêmes de se faire une place. Il va aussi falloir que les pouvoirs publics se réveillent. »

Propos recueillis par F.T. frederique.thisse@republicain-lorrain.fr

Source : Républicain Lorrain