Le « Léoclerc », futur char franco-allemand ou la fin de l’industrie française de l’armement ?


Le « Léoclerc », futur char franco-allemand ou la fin de l’industrie française de l’armement ?

Illustration : le « Léoclerc » ou EMBT, projet de char lourd franco-allemand

L’industrie française de l’armement a-t-elle encore un avenir ? Et quel est celui du char de combat dans l’armée française ?

Les dernières guerres (Irak, Liban, Ukraine, Syrie, Yémen) ont montré, en effet, sa vulnérabilité face aux missiles sol-sol, air-sol ou simplement aux IED (Engins explosifs improvisés).

Il semble que le Leclerc, de Nexter, soit le dernier char de production franco-française, même s’il intégrait des composants étrangers comme le moteur finlandais Wärtsilä ou germano-américain MTU (pour les versions tropicalisées). La chaîne de production, situé à l’arsenal de Roanne, est stoppée depuis 2008.

Désormais, place à l’Europe et au futur char franco-allemand EMBT (Euro Main Battle Tank) :

« À vrai dire, on ne l’attendait pas de sitôt, d’autant plus que le programme « Main Ground Combat System » [MGCS], c’est à dire le projet de char lourd franco-allemand qui vise à remplacer les Leclerc et les Leopard 2 à l’horizon 2030/2035, est encore en phase d’études préliminaires.

Lors d’une audition parlementaire tenue en janvier 2015, alors que l’alliance entre Krauss Maffei Wegmann et Nexter Systems était sur les rails [ce qui a donné, depuis KNDS], le Pdg de l’industriel allemand, Frank Haun, avait évoqué le développement « d’un nouveau char lourd. » Et d’ajouter : « Qu’il s’appelle Léopard 3, Leléo ou Léoclerc, peu importe : il sera développé en commun ». Mais il parlait, à l’époque, du programme MGCS.

Quoi qu’il en soit, KNDS a bien développé un nouveau char lourd sur ses fonds propres, c’est à dire en-dehors d’une demande gouvernementale. Et M Haun ne croyait pas si bien dire quand il lança les noms de « Léoclerc » et de « Leléo »

« Ce projet, lancé en janvier 2017, a consisté à assembler le châssis du Leopard 2A7 avec la tourelle de 120 mm à chargement automatique du Leclerc. »

« Le projet EMBT est avant tout destiné à l’exportation, dans un contexte marqué par la concurrence – rude – de la Chine, de la Russie, de l’Ukraine, de la Corée du Sud (K2 Black Panther), voire bientôt de la Turquie, avec l’Altay. »

http://www.opex360.com/2018/06/11/nexter-kmw-presentent-leuro-main-battle-tank-premier-char-de-combat-franco-allemand/

Fabriqué par GIAT Industries, devenu Nexter, le Leclerc fut produit à 876 exemplaires dont 388 pour les Emirats Arabes Unis (Wikipedia) qui l’utilisent actuellement, alliés à l’Arabie saoudite, contre les houthis chiites du Yémen.

Nexter, fabricant, entre autres, du VBCI, du canon automoteur Caesar ou de différents types de munitions, est détenu à 100% par l’Etat français. Mais en réalité, l’organigramme est plus complexe, peut-être pour des raisons financières ou stratégiques : une chatte n’y retrouverait pas ses petits…

Ainsi, pour le canon automoteur Caesar, le châssis français est un Renault Sherpa 5 d’Arquus (ex-Renault Trucks Defense), propriété de Volvo Cars, société détenue par l’américain Ford puis le chinois Geely. En revanche, le chassis « export » est un Mercedes-Benz Unimog.

Canon Caesar

Mais pourquoi le char Leclerc serait-il, peut-être, le dernier construit en France ?

C’est que l’industrie française de l’armement a perdu peu à peu ses sites, ses ouvriers, ses productions ; et ce sont l’Etat, ses dirigeants, ses énarques, leurs choix stratégiques et budgétaires, qui en sont responsables. Ainsi, ces dernières années, la France a préféré s’équiper « allemand », par exemple en achetant des SIG-Sauer germano-helvètes pour ses forces de l’ordre ou des fusils d’assaut Heckler & Koch pour remplacer le FAMAS.

De même, depuis 2015, Nexter Systems est lié, par joint-venture, à l’allemand Krauss-Maffei-Wegmann, le fabricant du char national Léopard 2A4 (dont les Turcs usent et abusent contre les miliciens kurdes de Syrie) et une nouvelle société naît alors : KNDS

Dénoncé par le Front national mais aussi, il faut le souligner, par le parti communiste, cette privatisation a été votée dans le cadre de la loi Macron, dont l’article 47 « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » autorise l’inscription de Nexter/GIAT Industries SA et de ses filiales sur la liste des privatisables.

Mais si KMW est issu d’un cartel allemand, Nexter Systems appartient toujours à l’Etat Français. Or, depuis la mort de De Gaulle, et encore plus sous l’ère du trio infernal Sarkozy-Hollande-Macron, l’Etat s’affaiblit et ses serviteurs politiciens / énarques corrompus cherchent à vendre la poule aux œufs d’or de nos pépites industrielles.

Un clone d’Attali ou de Juppé, issu de l’ENA, aura sûrement l’idée mirobolante, un jour et à l’instar du précédent Thomson, de vendre Nexter pour 1€ symbolique à notre partenaire allemand qui se hâtera de rapatrier l’outil de production tout en virant les salariés gaulois… « réfractaires, lépreux, alcooliques, incultes et qui ne sont rien ».

L’abandon du char lourd Leclerc et de Nexter, phagocyté par l’allemand KMW, signifierait peut-être que l’armée – ou plutôt l’État – n’a plus les moyens de son indépendance militaire, ou, du moins, ne croit plus à cette composante stratégique. A près de 8 millions d’euros l’unité, sans compter un MCO (Maintien en condition opérationnelle) de 246 249 euros par an, quand des missiles antichars à 80 000$ (type Kornet russe ou Javelin américain)  suffisent à l’immobiliser, on comprend que l’Armée puisse hésiter à engager ses Leclerc…

Le blindé de l’avenir sera-t-il plus léger, moins cher et… européen ? Tel le tout nouveau Jaguar produit par le franco-allemand Nexter en collaboration avec les français Thales et Safran, l’anglais BAE Systems et le consortium européen MBDA , dont l’assemblage n’est pas encore délocalisée au Maroc ou en Pologne. Mais pour combien de temps encore ?

 

Le Jaguar est en effet un blindé léger de 25 tonnes destiné à remplacer les AMX 10RC, ERC 90 Sagaie et autre VAB. Son objectif : polyvalence, multi-armement, mobilité, « survivabilité », furtivité et « infovalorisation » .

« Véhicule 6×6 de la classe 25 tonnes et doté d’une protection élévée contre les mines, les engins explosifs improvisés (IED) et les menaces balistiques, le Jaguar sera mis en oeuvre par un équipage de trois hommes. Il sera armé d’un canon 40 mm télescopé, de Missiles Moyenne Portée (MMP) et d’une mitrailleuse téléopérée de 7,62 mm.

« Initialement, il était prévu de doter l’armée de Terre de 248 Jaguar. À la faveur du projet de Loi de programmation militaire 2019-2025, la cible a été portée à 300 exemplaires, dont 150 devront être livrés d’ici 2025. »

http://www.opex360.com/2018/05/16/premier-engin-blinde-de-reconnaissance-de-combat-jaguar-devoile/

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10 thoughts on “Le « Léoclerc », futur char franco-allemand ou la fin de l’industrie française de l’armement ?

  1. Machinchose

    m ‘en fous

    on importera des dromadaires a bosse tournante équipés de lance-crottes (rigolez pas !! une crotte de chameau sèche, c’est aussi dur qu une pierre….ça servira a la prochaine Intifada du 93 ..)

  2. Joël

    « l’égalité des chances économiques »
    Comprendre la concurrence étrangère y compris dans les industries stratégiques telles que l’armement.
    Au même titre que l’agroalimentaire.
    Trump dit « América first », macron dit l’Europe d’abord.

  3. Nicolas

    Il ne fallait pas voter macron – français. Français, votre apathie, votre égoïsme, pleutre, sont le résultat de votre état mental. Vous pouvez vous racheter en vous mobilisant – plus d’un million à Paris pour chasser le psychopathe de l’Elysée.

  4. frejusien

    C’est ce qui s’appelle la politique à court terme, ou à courte vue,
    On vend tout pour faire du fric dans l’immédiat, et après moi, le déluge….

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