Pour comprendre l’évolution politique des pays d’Europe de l’Est : le cas du Président tchèque …


Pour comprendre l’évolution politique des pays d’Europe de l’Est : le cas du Président tchèque …

De Renaud Girard du « Figaro » à l’occasion du cinquantenaire de l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie:

La Russie n’est plus ressentie par les Tchèques comme leur ennemi principal. « L’ennemi, c’est cette anticivilisation qui s’étend de l’Afrique du Nord à l’Indonésie», proclama, dès 2011, Milos Zeman, le président de la République tchèque.

Dans l’inconscient collectif des Tchèques durant toute la seconde moitié du XXe siècle, l’ennemi principal de leur nation siégeait à Moscou.

Deux années étaient traumatisantes pour eux: 1948 et 1968. En février 1948, Staline avait ordonné au Parti communiste le sabotage du gouvernement d’union nationale d’après guerre et sa prise de pouvoir par la force, quitte à défénestrer Jan Masaryk, le ministre des Affaires étrangères pro-occidental.

Le 21 août 1968 à l’aube, sur ordre de Leonid Brejnev (un communiste ukrainien qui était alors le maître du Kremlin), les chars du pacte de Varsovie envahirent la Tchécoslovaquie, pour tuer le vent de liberté du Printemps de Prague.

À cette occasion, Brejnev avait élaboré sa théorie de la «souveraineté limitée» des pays de l’Est, formellement alliés de l’Union soviétique au sein du pacte de Varsovie.

En 1948, une partie non négligeable de l’intelligentsia tchèque était acquise à l’idéologie du communisme moscoutaire.

En revanche, en 1968, la quasi-totalité des intellectuels tchèques se trouvèrent du côté du Printemps de Prague.

La «normalisation» qui suivit l’invasion soviétique ne fut pas aussi impitoyable que la conversion forcée au communisme de 1948, mais elle fut quand même sévère: tous les intellectuels qui n’avaient pas choisi de s’exiler furent chassés de leurs emplois de professeurs, de chercheurs, d’éditeurs, de cinéastes ou de journalistes ; ils furent contraints d’exercer des travaux manuels subalternes.

C’est ce qui arriva par exemple à Milos Zeman, l’actuel président de la République tchèque, réélu à son poste au mois de janvier dernier.

Jeune économiste, Zeman avait adhéré au Parti communiste réformateur de Dubcek pendant le printemps de Prague.

En 1970, il en fut exclu, en raison de son opposition à l’invasion de son pays par les pays «frères» du pacte de Varsovie, et il perdit son emploi. En 1989, il participe à la Révolution de velours.

À la tête du Parti social-démocrate, il gagne les élections législatives de 1998 et devient premier ministre de son pays, fonction qu’il exercera jusqu’en 2001.

Après avoir un moment quitté la politique, Zeman y revint en 2013, pour gagner la première élection présidentielle organisée au suffrage universel.

Dans sa carrière politique, Zeman milita avec efficacité pour l’adhésion de la République tchèque à l’Otan et à l’Union européenne.

Après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, et au moment où on pensait encore que les chars russes pouvaient à tout moment déferler en Ukraine, Zeman préconisa publiquement un déploiement préventif de l’Otan à l’ouest de ce pays. Zeman n’est donc clairement pas un pion du Kremlin.

Mais ce qui est intéressant chez lui est qu’il se refuse à être antirusse de manière systématique.

Le 9 mai 2015, alors qu’il est devenu clair que l’armée russe n’envahira pas l’Ukraine, il se rend à Moscou pour assister au défilé célébrant le 70e anniversaire de la victoire sur le nazisme.

À ceux qui le critiquent, il répond:

«N’est-ce pas grâce aux Russes que nous, Tchèques, ne sommes pas obligés de dire “Heil Hitler”?»

Il interdit de palais présidentiel l’ambassadeur américain à Prague qui a critiqué publiquement son voyage à Moscou.

«Que diraient les Américains si l’ambassadeur tchèque à Washington se permettait de dire à leur président où aller ou ne pas aller en voyage?» explique-t-il.

En novembre 2017, il se rend en visite d’État en Russie, accompagné par 140 hommes d’affaires tchèques.

Devant Poutine, il déclare publiquement que «le futur de l’Union européenne réside dans de bonnes relations avec la Russie!».

De nombreux Tchèques reprochent alors au russophone Zeman de faire une politique étrangère divergente de celle de son premier ministre, demeuré dans une ligne otanienne classique.

En dépit de ses sentiments prorusses clairement affichés, Zeman est réélu au suffrage universel en janvier 2018.

Comment expliquer un tel tournant stratégique au sein de la population tchèque, pourtant restée très attachée à l’Union européenne?

La Russie n’est plus ressentie par les Tchèques comme leur ennemi principal.

 

«L’ennemi, c’est cette anticivilisation qui s’étend de l’Afrique du Nord à l’Indonésie.

Deux milliards de gens y vivent et elle est financée en partie par les ventes de pétrole, et en partie par le trafic de drogue»,

proclama, dès 2011, Milos Zeman.

 

Comme leurs voisins du groupe de Visegrad, les Tchèques sont effarés par les problèmes que se sont créés les Européens occidentaux avec leur immigration musulmane.

Jamais ils n’auraient pu imaginer qu’un massacre comme celui du Bataclan puisse arriver à Paris.

Ils refusent donc les migrants que la France et l’Allemagne leur demandent d’accueillir chez eux.

Comme réfugiés du Moyen-Orient, ils n’acceptent que les chrétiens.

Entre 1968 et 2018, le ressenti de la menace venue de l’étranger a totalement changé au sein de la population tchèque.

http://lefigaro.fr/vox/monde/2018/08/20/31002-20180820ARTFIG00271-renaud-girard-pour-la-republique-tcheque-l-ennemi-principal-n-est-plus-le-russe.php

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14 thoughts on “Pour comprendre l’évolution politique des pays d’Europe de l’Est : le cas du Président tchèque …

  1. frejusien

    Merci pour cet article, les ukrainiens ont plus de bon sens que les européens de l’ouest, et que les américains démocrates,

    ils ont bien vu que la menace communiste n’existe plus,
    ils ont bien vu les ravages de l’islam dans les pays accueillant ce dogme du passé,

    Les peuples qui savent se protéger, sont ceux qui voient la réalité, telle qu’elle se présente, et non, les crétins d’idéologues qui ne voient que ce qu’ils ont dans leur tête

  2. clairement

    Merci pour cette information. Milos ZEMAN est tout simplement un type réaliste et intelligent et le terme d’ANTICIVILISATION est parfaitement adéquat à la situation que les ploutocrates des élites mondiales nous imposent

  3. Machinchose

    « Miloš Zeman n’a jamais caché sa vive sympathie pour l’Etat juif, avec lequel beaucoup de Tchèques d’ailleurs s’identifient pour des raisons historiques. L’attitude lâche des Européens face à Israël à l’heure actuelle leur fait penser au lâche abandon de la Tchéquie par les puissances de l’époque en 1938 face à Hitler.

    En 2015, devant le congrès annuel de l’AIPAC, le président tchèque avait été très applaudi lorsqu’il avait appelé les pays occidentaux à lutter sans merci contre le terrorisme islamique, et paraphrasant le ‘Je suis Charlie’, avait lancé: « Nous occidentaux, devons tous dire aujourd’hui, ‘Ani Yehoudi’ (Je suis Juif ). Il avait conclu son intervention ainsi: « Être solidaire d’Israël c’est la première étape dans la lutte contre le terrorisme. La République tchèque a été le seul îlot de démocratie en Europe centrale. Et Israël est le seul îlot de la démocratie au Moyen-Orient. Il doit y avoir de la solidarité entre ces îlots contre l’océan de la dictature ».

    Miloš Zeman avait réaffirmé son amour pour Israël au mois de septembre dernier lors du gala annuel du journal juif Allgemeiner à New York, critiquant ceux qui déclarent soutenir Israël en rajoutant toujours un « oui, mais » à la fin, et dénonçant le refus des pays occidentaux de reconnaître Jérusalem comme étant la capitale d’Israël. A la fin de la soirée, il s’était vu remettre le prix « Guerrier pour la vérité » par le journal, pour son refus d’employer la langue de bois et un langage convenu pour tout ce qui a trait au danger islamique, au terrorisme et au soutien à Israël.

      1. Machinchose

        Salut Claude
        en 68, j’ ai rencontré a Jéru un ancien aviateur de la haganna, ou irgoun, je ne sais plus
        qui m’ avait raconté qu il bombardait les arabes a bord d’ un piper dub d’ ou il envoyait des bouteilles pleines d’ eau de seltz qui faisaient une explossion assourdissante en explosant au sol….

        quand on sait tout ce que décrit ce livre, quand on sait les trésors d’ ingéniosité que durent déployer ces fils des hébreux, face a un ennemi 17 fois plus nombreux, équipé grassement par ces fils de putes d’ anglais, on comprend mieux la haine inextinguible de ces arabes
        la lancinante raclée reçue de chez l’ ennemi méprisé depuis 14 siècles
        qui aurait du disparaitre en 48, mais qui vainquit…comme en 67 la divine surprise
        ou encore en 73, malgré la lâcheté d’ attaquer le jour du Yom Kippour
        (ces cons de juifs auraient du profiter de l’ Aïd, hier pour envahir Gaza et profiter du barbecue… 😆 )

        a présent, ils savent que c’est fichu, a part les matamores belliqueux dits palestiniens, qui ne valent plus un pet de bique
        dés que l’ Iran va cesser de la ramener, je t’ invite a casser une graine chez Gabin !!

  4. La moutarde me monte au nez

    Un jour il faudra qu’on nous explique comment des petits pays, derniers adhérents à l’europe, peuvent s’affranchir de ses dictats, alors que la France, pays fondateur et gros contributeur, ne le peux pas?

  5. frejusien

     » Ani Yehoudi » j’aurai appris mes premiers mots juifs ,
    yehoudi, je vois la racine facilement , la même qu’en italien, ou en latin
    ani, tout nouveau,
    mais pourquoi n’utilise -t-on plus le terme  » les hébreux », y a t-il une différence ?

    1. Yann Kempenich

      Ani = je; moi…

      Pour le terme « hébreux », je demande l’aide de Pikachu, Gally ou Machinchose… 🙂

  6. durandurand

    Un sujet ,quand le ps français ratisse à l’étranger pour trouver une tête de liste pour les européennes , ce parti moribond corrompu sent sa fin venir . ils cherchent tous a se faire élire grâce un socialo belge ,et le moscovi cherche à se faire élire sur une liste étrangère , salopards de socialopes ils sont morts pour les électeurs français , alors ils ratissent à l’étranger ces crevards de socialopes!
    Paul Magnette, un Belge pour sauver le PS français?
    osté le 8 août 2018 17:36 Modifié le 8 août 2018 17:37 LUDWIG GALLET/L’EXPRESS.FR
    e Parti socialiste pourrait bien nommer Paul Magnette en tant que tête de liste aux européennes. La piste est jugée sérieuse.
    La liste PS pour les européennes conduite par un responsable politique belge… Dans une époque pas si lointaine, une telle hypothèse n’aurait été qu’une simple blague. Elle est aujourd’hui bien réelle. Elle est même assumée par la direction du Parti socialiste. « Oui, la piste est sérieuse. Paul Magnette a été approché début juillet », confirme l’un de ses membres à L’Express ce mercredi.
    Pour Olivier Faure, il s’agit sans doute de s’éviter quelques ennuis, lui qui éprouvait les plus grandes difficultés pour convaincre une tête de gondole socialiste de se lancer dans l’aventure. On se dirigeait même vers une entrée en campagne potentiellement électrique, alors que trois candidats se sont dits disponibles pour devenir tête de liste. Trois anciens cadres historiques du parti qui, pour des raisons différentes, clivent. Les détracteurs de Pierre Moscovici, commissaire européen, lui reprochent une proximité de fait avec la politique conduite par Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Ceux de Christian Eckert relèvent un manque de stature politique, un déficit d’image, et son passé de ministre du Budget sous le quinquennat de François Hollande. Ne restait plus que Julien Dray, dont la candidature ne soulevait pas non plus les foules.

    Pierre Moscovici candidat à l’étranger?
    Interrogé par nos confrères du quotidien belge Le Soir, Paul Magnette confirme lui aussi que des discussions ont bien été lancées. Il se dit lui-même surpris. « Oui, j’ai bien reçu une proposition du PS français, avec un certain étonnement je l’avoue, car ils me proposent la première place sur leur liste européenne, pas moins », fait-il savoir. Mais le bourgmestre de Charleroi a d’autres projets en tête. Il ne prendra aucune décision avant le 14 octobre et la fin des élections communales. Cette contrainte est parfaitement connue de la direction du PS qui, officiellement, maintient le suspense. Les discussions entamées mi-juillet demeurent « sans conclusion, assurent Olivier Faure, le porte-parole Boris Vallaud et Christine Revault D’Allonnes, présidente de la délégation socialiste au Parlement européen. Paul est engagé dans une autre bataille électorale pour demeurer maire de sa ville de Charleroi. »
    suite sur :
    https://news.sfr.fr/actualites/politique/paul-magnette-un-belge-pour-sauver-le-ps-francais-1502596.html

  7. frejusien

    Ils puent tellement nos socialos qu’ils sont obligés d’aller à la pêche !
    je ne leur souhaite pas bonne chance,
    rien que le moscovisqueux me répugne au plus haut point

    1. Machinchose

      indiscrétion de Machinchose pour moscovisqueux : c’est le beauf de Bernard Tapie

      hein ? qui l’ eut cru! lustucru !!

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