Il y a 75 ans, Zivia Lubetskin menait la Résistance du ghetto de Varsovie contre 2000 nazis


Il y a 75 ans, Zivia Lubetskin menait la Résistance du ghetto de Varsovie contre 2000 nazis

Magnifique histoire, femme sublime… qui nous disent que rien, jamais, ne sera totalement perdu, tant qu’il y aura des Zivia Lubetkin.

Voir aussi, sur le même sujet, l’article de Claude T.A.L

http://resistancerepublicaine.eu/2018/04/19/il-y-a-75-ans-les-resistants-du-ghetto-de-varsovie-chantaient-mir-zaynen-do-nous-sommes-la/

Il y a 75 ans, le 19 avril 1943, le Ghetto de Varsovie se soulevait contre l’occupant nazi.

Les insurgés ont de 13 à 23 ans et vont tenir 1 mois. Parmi eux, Zivia Lubetkin, une jeune femme brune dont le regard exprime une volonté implacable.

Décembre 1939, Zivia est à Lvov en zone soviétique avec une communauté du Dror, mouvement sioniste de gauche, dont le nom signifie liberté en hébreu. Zivia et les siens sont en sécurité, malgré le pacte germano-soviétique et le dépeçage de la Pologne entre l’Allemagne d’Hitler et l’U.R.S.S de Staline.

A Varsovie, en zone allemande, les nazis imposent aux Juifs, le port de l’étoile et de multiples exactions, travaux forcés, et meurtres avec le concours de bandes de voyous polonais antisémites. Les écoles fermées, des milliers de jeunes Juifs, sont désormais sans éducation, privés souvent de nourriture et parfois de leurs parents.

À Lvov, la nuit du réveillon, alors que dans les rues on fait la fête, se tient un congrès clandestin du Dror, où Zivia est volontaire pour aider les jeunes de Varsovie, volontaire pour retourner vers l’enfer nazi.

Un soir de janvier 1940, elle part avec un passeur et des étudiants polonais. En zone soviétique, ceux-ci sont aimables envers la seule femme de l’équipée, mais sitôt en zone allemande leur ton change. Zivia n’est plus qu’une youpine qu’ils veulent exclure, malgré le froid, de la gare où ils attendent le train pour la capitale, quitte à la dénoncer aux feldgendarmes. Zivia ne bouge pas, ils céderont. Comme le train s’ébranle, remarque-t-elle l’embranchement qui indique une bourgade proche, Treblinka ?

À Varsovie, avec Frumka, une amie, Zivia a tôt fait de créer une commune pour enfants et ados. Les besoins sont immenses et elles réclament de l’aide. À Lvov, un jeune homme, Yitzhak Zuckerman, est volontaire à son tour. Grand blond, il fait un aryen acceptable. Ce qu’il ne dit pas à ses compagnons, c’est son penchant pour Zivia. Ces deux-là se sont fréquentés chastement et à Varsovie ils deviennent un couple, en un temps et un lieu pour d’autres priorités.

D’abord nourrir et éduquer les jeunes. Le ghetto créé en octobre 40, emmuré, ne manque pas de profs désœuvrés et de conférenciers de talent. Jusqu’à l’été 42, ces jeunes auront une éducation exceptionnelle. Ils ne savent pas encore qu’il leur faudrait apprendre le maniement des armes. Mais nourrir, éduquer, n’est-ce pas aussi résister ?

La Résistance ? Ses débuts sont difficiles. Malgré les rumeurs de massacres en Lituanie, personne, hormis les jeunes militants, ne croit à l’inimaginable, la destruction prochaine de la plus grande communauté juive de Pologne. Zivia et Yitzhak essayent en vain de persuader les dirigeants spirituels et politiques du ghetto, sans parler de la Résistance polonaise qui les toise de haut et refuse de les aider.

Printemps 42, une première organisation est crée avec l’appui des communistes, hélas la chute d’une cellule du PC dans la partie aryenne met la Gestapo sur leur piste et les arrestations se succèdent dans le ghetto. Quand, en juillet 1942, les nazis commencent l’Aktia, la grande déportation vers Treblinka de 300 000 Juifs, ils ont 2 pistolets et 2 grenades, saisis par les Allemands lors d’un contrôle, avant d’avoir pu servir.

Zivia indique la seule issue. Sortir dès le lendemain, avec des bâtons et des couteaux, attaquer les sentinelles, mettre le feu pour que le monde voie et mourir, mais debout

Chaque jour, des milliers de Juifs sont poussés par la force ou la faim vers l’Umschlagplatz, la place d’embarquement et gare la plus fréquentée de Pologne, au départ s’entend, au retour de Treblinka, les trains sont vides.

En septembre, le Ghetto est une ville fantôme, il reste 1 habitant sur 10. Une nuit, Zivia, Yitzhak et deux ou trois dizaines se réunissent dans un immeuble vidé de ses occupants. Ignorés par les Alliés, méprisés par la Résistance polonaise, désespérés, ils ont honte de n’avoir su empêcher le massacre des leurs.

Zivia indique la seule issue. Sortir dès le lendemain, avec des bâtons et des couteaux, attaquer les sentinelles, mettre le feu pour que le monde voit et mourir, mais debout.

Tous l’approuvent, sauf Yitzhak. La rumeur dit que les Allemands vont faire une pause, il propose d’attendre et en profiter pour s’organiser, s’armer pour une insurrection sans espoir, mais plus efficace. Tous s’opposent à lui, Zivia surtout ne mâche pas ses mots, temporiser c’est trahir. Le couple se déchire devant leurs camarades, puis le point de vue d’Yitzhak prévaut et une énergie nouvelle les gagne, l’Organisation Juive de Combat (O.J.C) est constituée.

C’est Mordechaï Anielewicz de l’Hashomer Hatzaïr qui est choisi comme chef avec Yitzhak et Zivia pour adjoints, bientôt rejoints par Marek Edelman du Bund.

Ils s’arment à prix d’or et mènent des attentats contre les chefs de la police juive. Après une escarmouche victorieuse en janvier, les Allemands désertent le ghetto et l’O.J.C est le nouveau pouvoir. Tous les partis y sont associés, même le Betar, qui la quittera, en acceptant une répartition des zones de combats.

Ils n’avaient prévu ni de survivre aux combats, ni de plan d’évacuation

Le 19 avril au matin, 2000 policiers et SS pénètrent le ghetto. À l’angle des rues Nalewki et Gensa, c’est le groupe de Zivia qui les “accueille” en premier. Les nazis refluent en désordre abandonnant morts et blessés, aux cris de “Les Juifs ont des armes !”

La nuit, les nazis quittent le ghetto et Zivia mène, embuscades et missions de contact entre les différents bunkers de l’OJC. Mais chaque jour, les SS reviennent avec chars, lance-flammes, puis des Stukas et incendient systématiquement les immeubles. Zivia et les siens se battent autant contre le feu que contre les SS.

Yitzhak n’est pas avec elle. Surpris en zone aryenne quand les combats commencent, il scrute le ghetto en flammes, inconsolable de ne pouvoir se battre. Une fête foraine où se pressent les indifférents, est installée non loin. Le poète polonais Czeslaw Milosz, présent, la compare, dans les vers rageurs de Campo di Fiori, au supplice de Giordano Bruno, brûlé vif pour athéisme par l’Inquisition à Rome en 1600, devant une foule de pèlerins au spectacle.

“Un printemps à Varsovie.

Près des gaies balançoires

La vive mélodie faisait taire

Les coups de canon au ghetto ;

Très haut s’envolaient les couples,

Jusqu’au milieu du ciel clair…

Le vent des maisons en feu

Levait les robes des jeunes filles

Et riaient les foules insouciantes

Du beau dimanche de Varsovie ».

Ils n’avaient prévu ni de survivre aux combats, ni de plan d’évacuation. Le 7 mai au soir, Zivia quitte le bunker du 18 rue Mila pour coordonner une sortie avec le groupe de Marek Edelman. Mais le lendemain a son retour, Mila 18 a été détruit et ses occupants, dont Anielewicz, gazés par les SS.

Le seul espoir, ce sont les égouts où Zivia envoie des éclaireurs qui, miracle, rencontrent un des leurs, dépêché par Yitzhak. Dans les immondices, les survivants patienteront 3 jours qu’un camion puisse les évacuer. Lorsqu’ils émergent, hagards et sales, il faut faire vite car des passants ont prévenu la police, mais un groupe éloigné dans le dédale souterrain tarde à les rejoindre. Zivia ordonne au chauffeur d’attendre et le menace de son pistolet.

-“Je te tue si tu démarre !

-Je vous amène dans les bois, tu me tueras après si tu veux.”

Le camion s’ébranle avant l’arrivée des SS, mais Zivia gardera toute sa vie cette blessure.

Cachés dans des planques, ils attendent la Libération et lorsqu’en août 44, Varsovie s’insurge à l’approche de l’Armée Rouge, les survivants du ghetto choisissent de se battre aux côtés de ceux qui les ont si peu aider. Ils voudraient aussi préserver quelques uns des leurs pour témoigner, mais personne, surtout pas Zivia ne veut être une pièce de musée à l’heure des combats. L’insurrection est brisée quand Staline ordonne à son armée de laisser les nazis détruire une Résistance polonaise, trop indépendante.

S’en suit une nouvelle fuite par les égouts où une crue emporte Zivia épuisée vers le collecteur principal mais Marek parvient à la saisir par les cheveux et la hisser vers la sortie.

Quelques jours plus tard, leur groupe parvient à franchir les lignes soviétiques, le cauchemar est fini.

En 1946 Zivia émigre en Palestine, Yitzhak la rejoindra, ils fondent une famille et, avec d’autres, au nord d’Israël un kibboutz et le Musée des Combattants du Ghetto. En 1961, Zivia est appelée au procès Eichmann. Hannah Arendt, présente, parle du “témoignage le plus pur et le plus clair, celui d’une femme dans la quarantaine, encore très belle.”

https://www.marianne.net/monde/anniversaire-du-soulevement-du-ghetto-de-varsovie-zivia-lubetkin-l-insurgee-meconnue

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Christine Tasin

Présidente de Résistance républicaine ; professeur agrégé de lettres classiques.


13 thoughts on “Il y a 75 ans, Zivia Lubetskin menait la Résistance du ghetto de Varsovie contre 2000 nazis

  1. maury

    Ces monstres vomis de l’enfer ont massacrés de nombreux innocents à cause d’une idéologie mortifère!et malheureusement ont eu bien des soutiens car la lâcheté l’emporte sur le courage !!Heureusement CERTAINS SORTENT DU LOT ET RÉSISTENT EN SAUVANT DES VIES C EST LE CAS DE ZIVIA COMME CELUI D UNE POLONAISE ( DONT JE NE ME SOUVIENS PLUS DU NOM) QUI AVEC SA CHARRETTE A SAUVE UNE CENTAINE D ENFANTS JUIFS AU PÉRIL DE SA VIE DANS LE GHETTO DE VARSOVIE !!!

  2. Patrice

    regarder moi, cette jeune fille du haut de ses 19 ans, avec déjà un visage de femme, un visage responsable et volontaire, un visage que l’ont ne trouvent plus, maintenant quand ont regardent une jeune fille du même âge on lui donne 15, 16 ans, bon cela ne serait pas grave cii elle n’avait pas un raisonnement d’une gamine de 13 ans, je ne vous parlerai pas des mecs du même âges tellement que j’en ai honte, je laisse libre cours à mes compatriotes féminines ,sur ce sujet elles ont de quoi a nous raconter.

    1. GAVIVA

      maintenant on vit surtout des bouches en cul de poule avec l’air con le tout devant un miroir pour bien qu’on voit la marque de son smartphone…quelle pitié!

  3. POLLETT DANIELPOLLETT DANIEL

    C’est l’une des plus belles histoires de femme que j’aie lues sur notre site. Quand on voit ces petites putes gauchistes qui se prennent pour des résistantes, on pourrait en rire si le sujet n’était pas si grave…

    1. Machinchose

      je ressens exactement la même chose que toi, Daniel!

      et racontée avec le feu et la passion qui caractérisent notre chère Hotesse

      ce Kibboutz, je crois le connaitre pour y avoir passé deux nuitées, je pense que c’est « Lohamei Haguetaot » il y a une vingtaine d’ années

      si quelqu un (e ) peut confirmer ?

      a voir et passer une nuitée avec eux, diner au réfectoire-restaurant commun, si vous etes de passage dans le coin
      anglais requis….c’est mieux pour votre confort 😆

  4. denise

    Merci pour ce beau récit ! les femmes sont aussi très courageuses et l’ont tellement montré ! je me demande ce que pense les musulmans de ce courage qu’ils n’ont pas eux même ! ( voir leur positionnement devant les femmes kurdes ! )

  5. jojo ( le plombier )

    Certains journalistes militants n’ont pu s’empêcher de traiter le sujet en faisant l’amalgame nazisme / nationalisme. Ils manquent de respect aux combattants , à la nation juive et aux patriotes. Respect et pensées pour cette jeunesse sacrifiée par des pourritures. Et vigilance car aujourd’hui des pourritures il y en a encore beaucoup.

  6. La moutarde me monte au nez

    Encore un exemple du foutage de gueule que nous subissons depuis une centaine d’années.
    1.200.000 Waffen-SS et plus de 50.000 membres de la Gestapo martyrisent toute l’europe et à Nuremberg onze condamnés à mort exécutés.
    Oradour sur glane une compagnie SS de 120 fumiers massacrent 642 civils,femmes et enfants = deux condamnés à mort amnistiés.
    Cette putain d’allemagne nous emmerde depuis toujours, Guerres Napoléoniennes, 1870, 14/18, 39/45 et maintenant c’est cette salope d’Angela Merkel, d’origine douteuse de l’est qui continue de mener la danse.
    Quand nous débarrasserons nous vraiment de tous ces suppôts de satan?

  7. Machinchose

    Zyvia………………… en hébreu: Biche

    mais équipée d’ une belle paire d’ andouillers pour se battre 😆

  8. Nila

    Merci Christine pour ce partage.

    Je ne connaissais ni le nom ni le parcours de cette Femme au courage exemplaire.

    Une autre de ces nombreuses Résistantes et qui dans une certaine mesure me fait beaucoup penser à Gitta Mallasz.
    Femme extraordinaire qui elle aussi et à sa façon a combattu le régime nazi en Hongrie (en tentant de sauver de la déportation ses meilleurs amis et avec eux, une centaine d’autres jeunes filles juives).

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