Quand les communistes, à Vitry sur Seine, délogeaient les travailleurs immigrés…


Quand les communistes, à Vitry sur Seine, délogeaient les travailleurs immigrés…

Je ne suis ni admirateur du PCF, ni de Marchais ( ! )

Voici, cependant, un article de  » causeur « , publié en 2012 :

 » Bulldozer de Vitry : et si le PCF avait raison ?

 

Le 24 décembre 1980 au matin, 300 travailleurs maliens quittèrent le foyer qu’ils occupaient sur le territoire de la commune de Saint-Maur et furent transportés pour être hébergés dans un bâtiment en cours de rénovation à Vitry-sur-Seine. Commençait alors la fameuse affaire dite du « bulldozer de Vitry ».

 

À la demande du maire de Saint-Maur, le gestionnaire du foyer avait accepté de débarrasser cette commune résidentielle de ses occupants encombrants. L’immeuble de Vitry était en pleins travaux, pour une bonne part financés par la mairie et devait accueillir en contrepartie, des jeunes travailleurs dont la liste était d’ailleurs arrêtée.

La section du PCF Vitry, informée, réagit par une action de commando où quelques militants, « armés » d’une pelleteuse s’employèrent à écrouler un escalier extérieur pour empêcher les nouveaux occupants d’y rentrer. Le maire de Vitry, Paul Mercieca, mis devant le fait accompli, et en désaccord avec la méthode, accepta pourtant de l’assumer politiquement. Noël passé, se déclencha alors une formidable campagne médiatique contre le PCF visant à le faire passer pour intrinsèquement raciste.

 

Je fus sollicité par la direction du PCF pour assister, en tant qu’avocat, Paul Mercieca, au centre de la tourmente. Je garde le souvenir du caractère absolument effarant du déferlement médiatique et de la pression quasi physique que l’on pouvait ressentir si l’on essayait de résister. Je garde également celui de la souffrance de Paul Mercieca, fils d’immigrés maltais, profondément blessé par l’accusation de racisme. Il y avait de quoi… A en croire les médias et les commentateurs politiques unanimes, il aurait lui-même conduit le bulldozer et détruit de fond en comble le « foyer » alors que les « résidents » maliens étaient à l’intérieur.
Il essaya alors, en pure perte, d’expliquer, soutenu par la direction nationale du PCF, que son intention était de refuser que se constituent dans les banlieues ouvrières de véritables ghettos, de nature à affecter des quartiers déjà frappés par la pauvreté. Le slogan des maigres manifestations de soutien au maire était d’ailleurs : « Mercieca a raison, pas de ghetto à Vitry ». En vain. Le coût politique fut très élevé pour le Parti communiste.

 

Quelques semaines plus tard, Robert Hue, alors maire de Montigny-lès-Cormeilles, lança une campagne contre le trafic de drogue qui pourrissait les cités de sa commune et mit en cause une famille d’origine marocaine considérée comme étant pourvoyeuse d’un quartier.
Bis repetita. Incroyable tsunami médiatique, insultes, prises à partie, et même manipulations policières. Là aussi, l’avocat que j’étais fut choisi pour assister Robert Hue. Deux fois aux premières loges, deux fois confronté à la tempête, et deux fois contraint de constater la quasi impossibilité d’y résister et les dégâts occasionnés.
Le Monde de l’époque condescendit, quelques semaines plus tard, à admettre que « le PCF posait mal de bonnes questions ».

 

Que craignait à l’époque le Parti communiste ?

Que les cités ouvrières, qu’en général il gérait, se transforment sous la pression du chômage, de la pauvreté mais aussi d’une immigration déséquilibrée, en « territoires perdus de la République », qu’au sein de ces territoires, le marché de la drogue devienne une économie de substitution, c’était leur crainte. Les dirigeants du PCF, forts de leur expérience de terrain, avaient parfaitement vu le danger, témoin de premier rang, je peux en attester. La déchirure du lien social, le communautarisme, la division des classes populaires, tout cela les préoccupait au premier chef. À juste titre.

Ce qu’ils avaient combattu, essayé de conjurer, sous les accusations, les injures et les quolibets, s’est produit. Les ouvriers sont partis, les plus pauvres d’entre eux devenant des « périurbains ». Ils l’ont fait avec leurs bagages, mais en oubliant leurs armes, et la plus importante d’entre elles, « la conscience de classe ». Celle que le Parti communiste avait réussi à forger entre les deux guerres et surtout dans la Résistance. Aujourd’hui, le Parti communiste effondré, marqués par un fort sentiment d’abandon, les ouvriers votent en nombre pour le Front National, pendant que les intellectuels dominants du Parti socialiste théorisent la nécessité de les passer par pertes et profits.
On fait mine aujourd’hui de découvrir les « territoires perdus de la république », on s’effarouche de l’économie de la drogue, on s’affole devant les kalachnikovs, on pleure sur le vote ouvrier capté par le Front National. On cite abondamment Brustier-Huelin et Christophe Guilluy. Trop tard ?

Le Parti communiste français était un parti bourré de défauts. Ouvriériste et stalinien, porteur du syndrome si français de « fille aînée de l’église », Rome étant cette fois-ci à Moscou… Il était attaché aux dogmes, adorait la liturgie, et célébrait ses grand-messes avec un faste sans pareil chaque rentrée à La Courneuve. Ah, on ne faisait pas dans le sociétal, place du colonel Fabien. On peut même se poser la question de savoir, la question du mariage gay étant posée à cette époque, si l’on n’aurait pas constaté des convergences entre Georges Marchais et Monseigneur Barbarin.

Mais le PCF fut aussi et surtout, l’outil de l’intégration à la Nation de la classe ouvrière. Il lui donna sa conscience de classe et sa fierté. Il fut aussi l’instrument de l’assimilation (oui, l’assimilation) de plusieurs vagues de travailleurs immigrés du fait de son hégémonie au sein du monde du travail. De sa formidable capacité d’éducation.
Sa disparition comme parti politique majeur, due à des facteurs historiques de diverses natures, était inévitable.

On peut quand même constater, sans que ce soit de la nostalgie, qu’il nous manque. Et qu’il savait faire preuve, parfois, de pertinence politique. Tiens, deux autres slogans de l’époque lancés, (très précisément à l’occasion des premières élections européennes, en 1979), là encore sous les quolibets du Monde, de Libé et du Figaro, et les accusations de chauvinisme et de xénophobie, voire pire.

– « Produisons français ! » François Bayrou en a fait un thème de campagne, et François Hollande un ministère.
– « Non à l’Europe allemande ! ». Sous une autre forme (plus élégante ?) les opposants au TSCG ne disent pas autre chose…

C’était il y a 30 ans. Eh, camarades, il n’y a pas à avoir honte !

*Photo : ina.fr

 » https://www.causeur.fr/bulldozer-de-vitry-et-si-le-pcf-avait-raison-19545

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6 thoughts on “Quand les communistes, à Vitry sur Seine, délogeaient les travailleurs immigrés…

  1. Faut pas charia!

    Bientôt en France, le steak de moustiques Mosquito Burgers!
    Allez, vos gueules la franscaille avec vos chefs à la ramasse. Je sais même pas comment vous osez encore la ramener avec vos « terroirs » machin.
    Heureusement avec l’arrivée massive de ces génies de l’art de la table, votre pauvre cuisine de consanguins va commencer à ressembler à quelque chose.
    https://youtu.be/LItNFP7icUw
    La limite entre l’homme et le pithécanthrope. Riches en protéines de malaria, palud et Ebola ! Saveur zika, palu, malaria, hépatites ABCDEF… Tout ce qui touche ce continent damné devient pathétique, arriéré, maladif, disgracieux.

  2. bm77

    Excellent ! Claude t.a.l et très pertinent ce rappel à notre bon souvenir du fonctionnement du PCF des années 1970-1980.
    Aujourd’hui ce parti n’est plus que l’ombre de lui même grignoté dans ses fondements même par le PS et Mélenchon qui lui ont enlevé toute sa texture et son identité. Mais ceci ne l’empêchera pas de survivre à ceux là même qui l’ont complètement laminé comme le parti radical de gauche a survécu mais sans peser sur les évènements.
    Il a abandonné tout ce qui faisait sa force et lui donnait un semblant de démocratie comme les sections locales où les délégués sont élus à la majorité qui ont été dévitalisées et avec elles les cellules d’entreprise et de quartiers pour ne conserver à la finale que le coté pyramidale qui a prévalu tout au long de son existence. Le Conseil National décide seul des orientations politiques du parti . Les congrès ne sont que des cérémonies où la messe est dite. La liste avec laquelle les délégués vont élire à bulletin secret les membres du nouveau conseil est concoctée par celui qui était déjà en place et aucune liste contestataire n’est admise on ne peut biffer un membre de la liste sous peine de nullité du vote si bien que pour le contestataire il ne lui reste plus que de s’abstenir de voter et cela permet à la direction du parti de dire que la liste du nouveau CN a été approuvée dans son intégralité et démocratiquement !
    Tout cela pourquoi ? Pour avaliser les futurs accords électoraux avec le PS ou le front de gauche qui permettront à certains pontes locaux de conserver leur pouvoirs et ainsi de sauver quelques forteresses. Mais à ce petit jeu c’est le PCF qui a le plus perdu de plumes et ses « bastions » se sont envolés les uns après les autres de plus il a perdu en même temps ce qui faisait sa particularité et sa force par rapport aux partis de gauches c’est à dire la conscience de classe, sa présence sur le terrain et dans les secteurs de la société abandonnés aujourd’hui et ignorés de la classe politique que sont les entreprises et les quartiers et j’irais jusqu’à dire sa capacité à permettre aux « nouvelles populations » de pouvoir participer à ce qui est de l’intérêt général et donc donner un sens civique qui participe à une bonne assimilation par le bon bout de la société Française!
    Oui le parti communiste a eu son utilité dans le tissu social Français et son absence se fait ressentir dans des secteurs où l’Islam a pris le pas sur le social et le libéralisme sauvage a imposé ses règles dans les accords d’entreprises.
    Depuis qu’il est politiquement correct ce parti ne subit plus les critiques de la gauche bien pensante mais il a fait vraiment le grand écart entre son ouvriérisme qui rendait suspect à ses yeux tout travailleur qui ne portait pas une cotte ou de bleu de travail et le parti sociétal auquel sa fonction de béquille électorale des autres partis de gauche l’a réduit aujourd’hui.

    1. AntiislamAntiislam

      Bonjour,

      Mon frère a bien connu, par ses activités professionnelles, la famille de Robert Hue.

      Certes le PCF soutenait un règime criminel, mais il avait établi dans les villes qu’il dirigeait, ce que l’on nomme maintenant une vraie « convivialité ».

      La convivialité française qui règnait dans ces villes PCF, est détruite, pan par pan, par une islamisation abominable.

      1. jojo ( le plombier )

        Bonjour et merci pour ce rappel. votre dernière phrase pointe avec justesse le véritable fond du problème.

  3. bm77

    J’étais ouvriers et si il est vrai que le communiste était borné sur ses fondements il n’empêche qu’il pourrait donner des leçons de tolérance à nombres de petits marquis du politiquement correct abreuvés d’idéologie à la »terra nova » d’aujourd’hui qui avec l’aide d’associations se sont transformées en dangereux inquisiteurs . J’ai connu quelques collègues sur mes lieux de travail qui revendiquaient ouvertement, elur sympathie pour l’extrême droite et je n’ai jamais été témoin d’un ostracisme des communistes à leur égard qui espéraient toujours les rattraper pour les remettre dans le « bon chemin » du moment que les gars étaient issus des milieux populaires:; toujours la conscience de classe!. Les communistes étaient surtout hostiles aux partis d’extrême gauche trotskystes ou autres avec lesquels ils échangeaient volontiers des coups de poings et auxquels ils reprochaient justement l’abandon du précepte de lutte des classes.
    Pour ce qui est des Socialistes c’était surtout un certain mépris et une méfiance qui caractérisaient l’attitude du communiste vis à vis de son collègue « Soce » !

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