Je n’aime pas l’homme Le Clezio mais je ne jetterai pas ses livres !


conference-autodafe-livre (1)J’ai été interpellée par un article de Marcus Graven paru sur Riposte laïque,   il y dénonçait, à juste titre, le boboïsme, -restons gentils- d’Annie Ernaux, qui se prend pour un écrivain -ce qui est son droit, et une intellectuelle sachant penser, ce qui est encore son droit.

Après avoir découvert  ses déclarations d’ouverture à l’autre dans Politis Marcus Graven  se rappelle la pétition que la dame avait lancée en 2012 contre Richard Millet, coupable d’avoir commis un Eloge littéraire d’Anders Breivik et décide de se livrer à un autodafé des oeuvres des signataires de la dite pétition. 

Je dois dire que, malgré mon estime pour Marcus Graven, sa réaction me dérange fortement,  parce qu’elle ressemble furieusement à celle des antifas et autres staliniens prêts à vouer aux gémonies ceux qui ne pensent pas comme eux et, encore plus grave, à interdire la lecture de leurs oeuvres.

Cela me fait penser aux épurations dont sont victimes les livres édités par Riposte laïque dans les bibliothèques municipales, la destruction des Bouddhas de Bamiyan par les Talibans, les autodafés des oeuvres de Voltaire dans tous les pays totalitaires et celles des auteurs juifs pendant la seconde guerre mondiale… Liste non limitative hélas.

Que l’on décide de jeter aux ordures l’oeuvre d’Annie Ernaux ou de François Bon parce que l’on considère qu’elle est anecdotique, sans intérêt, que ce n’est pas de la littérature, pas de problème. Que l’on jette Le Clezio comme s’il s’agissait d’un vulgaire numéro du Nouvel Observateur me dérange.      

On peut détester les prises de position de l’homme Le Clézio. Mais son oeuvre… Quelle langue, quelle exquise pureté de la langue, de la pensée ; quelle extraordinaire faculté, proche bien qu’ils soient très différents, de celle de Colette, de donner à ressentir toutes les sensations des héros. Ce n’est pas rien.    C’est de la littérature, de la vraie, de celle qui vous donne envie de vivre, de vous dépasser, de vous battre encore plus pour que l’HOMME soit libre sur notre terre.

Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. Peu importe si nombre des livres de Le Clézio évoquent des « autres », des migrants parfois. Peu importe s’il donne à comprendre la beauté d’un ciel algérois et du désert, ce n’est pas parce que nous sommes opposés à l’immigration que nous ne savourons pas ses livres, comme  nous nous enivrons du fabuleux Noces à Tipaza de Camus.

Alors, non, ne ressemblons pas, nous aussi, à ceux qui crachent sur  Baudelaire, Verlaine, Rimbaud  parce que leur vie privée ne leur convient pas, à ceux qui refusent de lire l’oeuvre littéraire de Céline  à cause de ses positions privées antisémites(1), à ceux qui chassent de leurs bibliothèques tous ceux avec qui ils ne sont pas d’accord politiquement et qui font même subir un véritable procès de Moscou à l’éditeur qui a confié un ouvrage sur l’immigration à Jean-Paul Gourévitch qui avait eu le malheur de participer aux Assises sur l’islamisation  que nous avons organisées il y a 4 ans ! 

L’art mérite mieux que cela. Et la liberté d’expression aussi. 

Christine Tasin

Résistance républicaine

(1) Le pire est que je n’aime ni l’homme ni son oeuvre… mais je conserve tout de même un de ses ouvrages dans ma bibliothèque, pour l’édification du passant….

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Christine Tasin

Présidente de Résistance républicaine ; professeur agrégé de lettres classiques.


10 thoughts on “Je n’aime pas l’homme Le Clezio mais je ne jetterai pas ses livres !

  1. ALAIN V

    De Jean Jaurès, on peut évidemment préférer :

    « Je crois que l’existence de patries autonomes est nécessaire à l’humanité. Je crois notamment que la disparition de la France ou sa domestication serve d’une volonté étrangère serait un désastre pour la race humaine, pour la liberté et pour la justice universelle. Voilà ma conception, voilà ma politique. Jamais nous ne livrerons la Patrie. Jamais nous ne demanderons au prolétariat d’être dupe de ceux qui exploitent la Patrie. (lettre à la Dépêche de Toulouse, 1905) »

    1. Christine Tasin

      Je préfère en effet, Alain, et ne publierai pas ce qui précède, qui est trop loin de nos préoccupations et je n’ai en tout cas pas le temps de me lancer dans de longs échanges sur l’antisémitisme vrai ou supposé de Jaurès et je ne peux laisser passer vos commentaires sans le faire…

  2. ALAIN V

    ou cette citation de Jean Jaurès le raciste bien connu, un précurseur du fascisme quoi !

    « La vérité c’est que partout où il y a des patries, c’est-à-dire des groupes historiques ayant conscience de leur continuité, toute atteinte à l’intégrité et à la liberté de ces patries est un attentat contre la civilisation. (L’Armée nouvelle) »

  3. DUVAL Maxime

    « Tout à fait Christine ».

    Cela fait un peu commentaire Thierry Rollan- Aimé Jacquet, mais vous exprimez là mon point de vue aussi sur cet article qui m’a autant surpris qu’indigné.

    Les autodafés, laissons les à d’autres… quoique le coran… m’enfin.

    Pour ce qui est de l’auteur et de son oeuvre il me faudra, à l’instar de notre ministresse de la Culture qu’il me tombe un de ses livres sous la main.

    Commentaire sans intérêt, mais qui veut simplement vous dire qu’on est heureux de vous retrouver fidèle au poste.

    1. Christine Tasin

      Merci Maxime moi aussi je suis heureuse de vous retrouver, amitiés à madame ! je me souviens qu’elle m’avait envoyé un projet de tract que je devais revoir il doit être enfoui sous des centaines de courriels pas lus;;;

    2. jarczyk

      Et oui, chère Christine! Tout à fait d’accord et, du reste, être islamophobe ne saurait m’empêcher d’apprécier les arts de l’islam, dans quelque domaine que ce soit! Mais là, en m’appliquant cette règle énoncée plus haut, (en pensant aussi aux œuvres du pervers marquis de Sade) je risque peut être les foudres de certains…Mais qui nous dit que demain, nous assisterons pas à des autodafés du coran ? Au train où vont les choses, ce serait bien compréhensible…Quoique terrifiant.

      1. Christine Tasin

        très justes remarques, cher Jarczyk… je suis sans doute plus dure que toi, moi qui prétends qu’il n’y a pas d’art en islam mais seulement de l’artisanat mais ce n’est pas pour autant que je le détruirais… quant à des autodafés du coran, oui ce serait terrifiant mais compréhensible et je ne jetterais pas la première pierre à une mère de fillette enlevée par Boko Haram qui le ferait…

        1. jarczyk

          Effectivement! Chère Christine! Car, en effet, en la civilisation islamique, la frontière est ténue entre « art » et « artisanat »…mais c’est un autre débat (quoique…!) ce qui ne doit pas nous empêcher d’admirer le beau, partout où cela est possible…en songeant à une éventuelle « rédemption » de l’islam…qui ne la devrait, d’ailleurs à des impulsions tout autres, et souvent antérieures…

  4. ALAIN V

    la question Christine n’est pas de discuter de l’antisémitisme (évident) à l’époque de Jaurès c’est simplement de montrer que le plus simple pour certains c’est quasiment de brûler toutes les bibliothèques

    ce qui simplifierait le travail de ces flics de la pensée

    les citations « antisémites » de Jaurès montrent simplement que les mêmes personnes qu’elles soient de « gauche » ou de « droite » ne peuvent pas être classées dans des « boites » comme le font les flics de la pensée.

    que ces personnes peuvent évoluer avec le temps, voire même changer d’avis.

    Les citations « antisémites  » de Jaurès sont d’avant 1900, les citations sur la « patrie » sont d’après 1905

    je n’ai pas lu Le Clézio

    sa référence à Breivik est trop « subtile » trop « au second degré  » pour être efficace dans un débat intellectuel

    c’est juste un truc marketing pour attirer le chaland

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